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La tâche – 5

 

Ce texte poursuit le feuilleton du même nom commencé l’année dernière.

Dans le quart d’heure qui suivit, il fallut bien me résoudre à ce que cette réponse au mystère ne clarifiait pas tout et que bien d’autres questions restaient en suspens : l’homme était-il parti de son plein gré ou bien la tâche l’avait-elle comme aspirée malgré lui, lorsqu’il essayait par exemple de se dissimuler dans le recoin ? Où conduisait le passage ouvert par la tâche ? La tâche était-elle apparue ce matin-là dans un dessein particulier ou ne fallait-il voir dans son action qu’un hasard de circonstances ? Et m’aurait-elle alors happé moi aussi, si par malheur je m’y étais aventuré moi-même ? Je frissonnai à cette pensée et me remémorai le geste inconscient que j’avais eu ce matin en la touchant du bout des doigts, souvenir qui me glaça d’effroi. Dire que j’avais été interrompu et probablement sauvé par l’arrivée même de celui qui allait en être la victime ! Quelle ironie tragique ! A quelques secondes près, les derniers événements auraient eu un cours si différents !…
En remuant dans ma tête toutes ces pensées peu réjouissantes, j’étais allé m’asseoir sur le fauteuil du salon, mais, même dans cette pièce, je ne sentais pas tout à fait à l’abri. Maintenant que je savais la puissance formidable de la tâche, les quelques mètres et la mince cloison de plâtre qui me séparait d’elle me paraissait une protection bien dérisoire. Il était certain de surcroit qu’elle pouvait s’agrandir, lentement peut-être, mais suffisamment pourtant pour être capable, en fin de compte, de faire déborder sa nuisance dans mon salon ! A terme, il me faudrait certainement envisager de quitter mon appartement, tout du moins dans l’intervalle de temps où je rechercherais une solution à ce problème d’une nature si étrange… Mais qu’arriverait-il si la tâche sortait des limites de mon appartement ? Et où trouver quelqu’un qui pût m’aider ? Quelqu’un voudrait-il même m’accorder sa confiance ? N’allait-on pas me prendre pour un fou ? Je me moquais bien de ce qu’on penserait de moi, mais, sans crédibilité, quelle attention, quel soutien pourrais-je bien obtenir ?…
Afin de briser ce flot ininterrompu de questions sans réponses, mais aussi certainement pour échapper à l’influence de la tâche que je sentais si proche, je me décidai finalement à sortir.




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