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Le rôle obscur de l’Arabie Saoudite dans les conflits au Proche-Orient.

   Alors que la menace internationale que représente l’Etat Islamique au Levant est très médiatisée et ce encore plus depuis les attentats qui ont touché Paris le 13 novembre, il faut se pencher avec un peu plus d’attention sur le rôle que joue l’Arabie Saoudite dans ces conflits. Il s’agit assurément de la plus grande puissance de la région et pourtant, l’Arabie Saoudite ne semble pas faire beaucoup d’efforts pour maintenir l’ordre dans la zone.

 

L’Arabie Saoudite est, avec Israël, le plus grand allié des Etats-Unis au Proche-Orient mais aussi une puissance religieuse avec de nombreux lieux de pèlerinages musulmans sur son sol, dont le plus fameux de tous, la Mecque.  Il s’agit dans le même temps de la première puissance économique de la région avec un PIB de 805 milliards de $ et un des PIB par habitant le plus élevé également: près de 25000 $ par personne, cela principalement en raison des très importants gisements de pétrole qu’ils exploitent. Et pourtant, les Saoudiens ne semblent pas souhaiter que la paix s’installe dans la région mais préfère attiser le conflit de toujours qui les oppose aux Musulmans chiites. En effet, l’Arabie Saoudite prône un islam sunnite radical, alors que nombre de leurs voisins appliquent un islam chiite ou éloigné du sunnisme. C’est dans cette logique que l’Arabie Saoudite s’est, à de très nombreuses reprises, mêlée aux conflits voisins.

Récemment, l’Arabie Saoudite a rejoint la coalition qui bombarde les positions de l’Etat Islamique en Iraq et en Syrie insistant sur sa volonté de combattre cette organisation terroriste. Or ce choix est très surprenant puisque dans le même temps, l’Arabie Saoudite et ses alliés les plus proches,  EAU, Qatar et Koweït, financent de multiples mouvements armés dont des groupes terroristes pour combattre les forces alaouites du président Bashar Al Assad, une minorité musulmane proche des Chiites. Mais ce n’est pas là une prise de position rare de la part des Saoudiens. Cette année encore, ils ont lancé une intervention militaire au Yémen ou des milices chiites pro-iraniennes, les pires ennemis des Saoudiens, ont pris possession de la capitale, Sanaa, après avoir renverse le gouvernement sunnite. Devant la montée en puissance du chiisme aux portes mêmes du pays, le gouvernement saoudien a pris peur et a décidé de bombarder les positions rebelles et d’intervenir au sol. Ce conflit au Yémen montre encore une fois le rôle obscur que joue l’Arabie Saoudite dans le maintien de la paix au Proche et Moyen-Orient. On constate tout d’abord que le premier objectif de l’Arabie Saoudite n’est pas de maintenir la paix mais d’endiguer la montée en puissance du chiisme et de maintenir la suprématie du sunnisme dans la péninsule arabique. Dans le même temps, ce conflit a montré les limites de l’Arabie Saoudite pour imposer la paix. En effet, des pourparlers de paix se tiendront mardi prochain alors que les rebelles chiites occupent toujours la capitale sans pour autant avoir remporté la guerre.

La complexité des conflits au Moyen Orient pour des raisons religieuses, culturelles et stratégiques.

La complexité des conflits au Moyen Orient pour des raisons religieuses, culturelles et stratégiques.

Que ce soit dans ce conflit, en Syrie ou dans le reste de la région, les grandes puissances occidentales et tout particulièrement les Etats-Unis, aimeraient voir l’Arabie Saoudite prendre plus de responsabilités dans le maintien de la paix plutôt que d’attiser les conflits car pour l’instant ce sont bien elles qui doivent intervenir dans l’optique d’une paix prochaine. Or ce sont des opérations humainement et financièrement très coûteuses. Devant le refus du gouvernement de Riyad de modifier sa politique extérieure, c’est bien son plus grand ennemi qui pourraient tirer son épingle du jeu. Dans le but d’appliquer un semblant d’ordre dans cette région stratégiquement très importante en raison des nombreux gisements de pétrole, les Etats-Unis ont décidé de lever l’embargo sur l’Iran et de relancer les relations diplomatiques entre les deux pays. Lassé du manque d’investissement de son allié dans la région, Washington a décidé de se tourner vers la seconde puissance régionale en pleine expansion, l’Iran, pour tenter de faire rentrer les choses dans l’ordre et éviter tout nouveaux débordements; le conflit contre l’EI étant déjà suffisamment compliqué à régler.

 L’Arabie Saoudite doit donc faire plus sur un plan extérieur et éclaircir son positionnement dans les conflits qui sévissent actuellement au Proche-Orient et tout particulièrement celui en Irak et Syrie.  C’est seulement une fois que l’Arabie Saoudite aura pris en main ses responsabilités qu’une paix durable dans la région pourra être espérée. 

Antoine Humbert

 




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