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Référendum écossais/Europe Fédérale : L’Ecosse peut-elle se prendre en main? Un Royaume-Uni affaiblit : une Allemagne hégémonique?

Merkel Cameron

Angela Merkel et David Cameron avec en fond le drapeau de l’Ecosse.

Bonjour à tous, je suis ravi de vous retrouver chers lecteurs ! J’espère que cette nouvelle année sera aussi passionnante et enrichissante que celle qui vient de tout juste de se terminer.

Comme première article de cette année, je décide d’aborder la question du référendum écossais et plus globalement de la dynamique régionaliste en Europe. Edinburg n’est qu’à 350 Km de chez nous, il n’était pas question qu’on passe à côté de cet évènement historique !

Eclaircissons d’abord les origines de ce référendum : c’est en Mai 2011 que le parti national écossais remporte une majorité absolue lors des élections parlementaires écossaises. De ce fait, le Premier ministre écossais et le ministre britannique chargé de l’Écosse, Michael Moore, s’accordent pour mettre en place un référendum qui vise à rendre l’Ecosse indépendante. Ce référendum aura lieu le 18 Septembre prochain. La question adressée aux Ecossais ne peut être plus clair :

« Should Scotland be an independent country? », c’est-à-dire en français « L’Écosse devrait-elle être un pays indépendant ? ».

A pro-independence Scotland supporter

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Lors de ce référendum, toutes les personnes résidentes en Ecosse pourront voter, qu’elles soient nés en Angleterre, en Irlande du Nord ou au Pays de Galle. Au contraire un Ecossais ayant pour domicile Londres ne pourra pas participer au référendum. L’autre particularité est que les jeunes écossais de 16 et 17 auront également la possibilité de s’exprimer dans les urnes.

Si les écossais décident majoritairement d’affirmer leur nation comme souveraine, le territoire écossais sera le suivant :

scotland

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D’autre part, le nouveau territoire britannique se verrait amputer d’une énorme partie de ses eaux territoriales qui passeraient sous la direction du nouveau état écossais :

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Il semble donc que le Royaume-Uni ait beaucoup à perdre si l’Ecosse devient indépendante. Le PIB du ‘nouveau Royaume-Uni’ baisserait de 10 %. Le poids de l’économie britannique serait alors clairement inférieur à celui de l’économie française. La France pourrait conserver sereinement sa place de deuxième économie européenne (selon le classement du ‘PIB nominal des pays’ fourni par le FMI).

On compte 5 millions d’habitants sur le territoire écossais. Sa démographie est donc légèrement supérieure à celle de la République d’Irlande et très similaire à celle des pays Scandinaves. Si l’on croit la plupart des sondages, le non l’emporterait lors du référendum. Seuls certains sondages quoique minoritaires, reportent une victoire in-extremis du oui. Toutefois le nombre d’indécis reste important, ce qui rend une victoire du oui potentiellement réalisable. La surprise est donc totale.

sondage Ecosse indépendante

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Si on regarde l’ensemble de l’éventail politique, les indépendantistes sont représentés par le premier ministre écossais, membre du parti national écossais, le SNP et le parti écologiste écossais. Les partisans d’un maintien de l’Écosse dans le giron britannique sont les conservateurs, les libéraux-démocrates et les travaillistes (d’une idéologie proche du socialisme).

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La reconstitution par des acteurs de la bataille de Bannockburn, qui consacra l’écrasante victoire des Écossais sur les Anglais il y a 700 ans. Elle a attiré quelques 10 000 spectateurs sur le site de Stirling (une ville au nord Est de Glasgow).

Je vais essayer de résumer en quelques points clés les différents sujets sur lesquels s’opposent à travers de brulants débats indépendantistes et britanniques :

La défense : les indépendantistes souhaitent que l’Ecosse se dote d’un budget annuel de 2.5 milliard de livres. Les anglais pensent que le chiffre là est trop peu élevé, mais si nous comparons aux autres pays d’une envergure similaire à l’Ecosse, ce budget n’est pas ridicule. L’Irlande, la Norvège et le Danemark ont un budget militaire sensiblement en dessous de 2 milliards de livres par an. Actuellement les Ecossais contribuent à hauteur de 3.3 milliards de livres par an. Cet allègement soulagerait le déficit de l’état écossais. Les entreprises anglaises du secteur militaires seraient les premières à subir cette baisse de fond. Toutefois, de nombreux emplois en Ecosse dépendent du secteur militaire. Les risques de délocalisation en Angleterre sont réels si l’Ecosse devient indépendante. Par exemple, les navires Type 45 Destroyer de l’entreprise anglaise BAE Systems sont fabriqués en Ecosse :

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Les indépendantistes souhaitent que la nouvelle Ecosse souveraine rejoigne l’Otan, de telle sorte à rester sous la protection américaine et rester stratégiquement proche avec l’Angleterre. Il est également important de noter qu’une Ecosse indépendante réclamerait le redéploiement des forces nucléaires britanniques et des infrastructures dédiées à leur soutien. Pour plusieurs politiciens il est important d’enlever tout ce qui ressemble à de l’ingérence anglaise sur le territoire écossais, toutefois l’Angleterre doit rester le partenaire privilégié de l’Ecosse.

D’un point de vue démocratique, il est vrai que une écosse indépendante serait surement plus proche de ses citoyens. Les élus Ecossais auraient à débattre entre eux à propos du futur de leur nation plutôt qu’avec les autres parlementaires anglais à Westminster. Le coût de tous les différents échelons britanniques serait supprimé. Les circonscriptions locales Ecossaise pourraient directement s’adresser à leur gouvernement. Le parlement écossai actuel :

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-Une Ecosse indépendante serait-elle prospère économiquement ?

Ma réponse personnelle serait oui sur le court terme, en tout cas le pays ne tomberait pas dans la déroute. Les responsables indépendantistes disent que les frontières migratoires et économiques entre l’Ecosse et l’Angleterre resteront totalement ouvertes. Il est important de signaler que trois quarts des exportations écossaises sont en direction de leur voisin anglais. La balance commerciale de l’Ecosse envers le reste du Royaume-Uni est positive. Elle se trouve donc dans une situation privilégiée. D’où la question sur la future monnaie écossaise : faut-il garder la livre, rejoindre la zone euro ou commencer à frapper les nouvelles pièces de monnaie nationale ?

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Pour l’instant, l’option consistant à rejoindre la zone euro reste totalement écartée. Le Parti national écossais souhaite que l’Ecosse garde la livre en accord avec l’Angleterre pour garder une certaine convergence économique entre les différents acteurs du Royaume-Uni. Cependant tous les britanniques ne sont pas d’accord pour nouer une union monétaire avec cette nouvelle Ecosse. Certains dissidents plébiscitent la création d’une nouvelle monnaie nationale car celle-ci permettrait à l’industrie écossaise de devenir davantage compétitive au niveau des exportations. L’industrie pétrolière écossaise qui occupe une part importante des revenues du pays en profiterait par exemple.

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Si l’Ecosse devenait indépendante, il est estimé que les revenus tirés du pétrole représenteraient 12% du PIB national. D’après le SNP, la zone économique exclusive écossaise (voir 4ème image de l’article) donnerait à l’Ecosse le contrôle de presque toutes les réserves pétrolières et gazières de la mer du Nord. Ce pétrole pourrait rapporter 54 milliard de livre sur les 5 prochaines années.

Du coté des économies brutes, les indépendantistes ressortent souvent l’argument que la lourde administration britannique (bien petite à côté du ‘mille feuille’ français) ne pèserait plus sur les taxes des écossais. Une baisse de la fiscalité fait partit des engagements des différents acteurs d’une Ecosse indépendante. Certains irlandais s’inquiètent même d’une future Ecosse qui inciterait les multinationales à ouvrir leur siège en Ecosse du fait d’une faible fiscalité, ce qui fait parti aujourd’hui de la stratégie économique irlandaise.

Maintenant que nous avons parcouru les principaux points chauds de ce référendum, penchons nous sur la question qui agite les couloirs de Bruxelles : l’Ecosse rejoindra-t-elle l’union européenne ?

Scotland_EU_Flags

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Comme il n’existe aucune procédure européenne permettant d’intégrer un pays qui vient de réclamer son indépendance vis-à-vis d’un pays membre de l’EU, il est fort probable que l’Ecosse soit temporairement hors de l’Union Européenne.  Plusieurs dirigeants disent que l’Ecosse devrait passer toutes les longues procédures d’intégration à l’EU pour rejoindre celle-ci. Personnellement je pense qu’une directive exceptionnelle ou similaire serait réalisée pour permettre aux ‘scots’ de rejoindre l’UE plus rapidement. Lors de mon voyage à Bruxelles il y a maintenant un peu plus d’an, j’avais eu l’occasion de discuter de cette problématique avec un responsable allemand européen. Il m’avait expliqué que différentes mesures permettant à l’Ecosse d’enjamber les procédures d’entrée étaient en cours de discussions.

Il est important de noter que les écossais ont globalement une opinion positive de l’Union Européenne, à l’instar des anglais qui ont mis en tête un candidat eurosceptique aux dernières élections européennes. Les indépendantistes ont séduit une partie de l’électorat écossais grâce à cette vision europhile qu’ils offrent.

Si l’Ecosse refuse son indépendance, elle gagnera tout de même en autonomie. Que le Oui ou le Non l’emportent, Edinburgh en ressortira avec plus de pouvoir.

Pour ceux qui souhaitent approfondir la question du référendum écossais, je vous invite à visionner le long débat entre Alex Salmond, le premier ministre écossais actuel (en faveur de l’indépendance) et Alistair Darling, un membre du parti travailliste britannique (opposé à l’indépendance) :

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Ce débat sur l’indépendance écossaise fait ressurgir la dynamique régionaliste et de décentralisation qui traverse l’Europe. Les catalans dans quelques jours vont fêter leurs ‘Diada Nacional de Catalunya’, c’est-à-dire leur fête nationale. Les bonnets rouges lors de leur manifestions contre l’écotaxe ont exprimé une solidarité bretonne. En Italie le parti indépendantiste de la ligue du nord qui veut l’indépendance de la Padanie (voir article élection européenne) continue de réaliser des résultats non négligeables. On pourrait également citer le cas de la Flandre mais vous l’avez compris, les exemples sont nombreux.

Angela Merkel, la présidente de l’état allemand est-elle en train de réussir le pari européen de l’Allemagne : une fédération de région européenne, souvent appelée les ‘euros-régions’ ?

Il semble désormais que David Cameron fasse cavalier seul au sein de l’EU face à cette Allemagne qui impose son modèle. La nomination de Jean-Claude Juncker, soutenue pas Angela Merkel comme Président de la commission européenne a fortement déplut à David Cameron et aux britanniques qui boudent de plus en plus l’Union européenne ?

Historiquement, 3 projets européens s’opposent :

-Le projet allemand qui vise à faire de l’Europe une fédération de région.

-Le projet français fidèle à la conception du générale de Gaulle de l’Europe : faire de celle-ci une ‘fédération d’Etats nations’ dont les gouvernements coopèrent.

-La conception anglaise d’une Europe marché, essentiellement commerciale.

Nous avons depuis plusieurs années transféré de nombreux pouvoirs vers l’Union Européenne. Le projet français en soi même est mort. Il semble que nous nous dirigeons vers un modèle conciliant la position du Royaume-Uni et de l’Allemagne : une Europe marché et anti protectionniste mais où les décisions se font de plus en plus au niveau régional et européen que national et local (municipal et départemental). Cependant il semble que le projet allemand a le vent en poupe actuellement. Les britanniques mettent la pression sur David Cameron pour mettre en place un référendum leur permettant de quitter l’Union Européenne. Cependant si demain l’Ecosse devient indépendante, il serait difficile d’imaginer que seule la partie sud de l’Ile puisse se détacher de l’Union Européenne. Le ‘nouveau Royaume-Uni’ ne serait plus aussi puissant économiquement et politiquement qu’aujourd’hui. Il est également probable que les irlandais du nord et gallois en fin de compte réclament une autonomie plus poussée, voir leur indépendance.

Les allemands n’auraient-ils pas intérêt à ce que la Grand Bretagne se fracture pour assoir leur domination en Europe ?

Drapeau allemand et européenn

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Je veillerai à répondre à toutes les questions qui seront posées dans les commentaires ci-dessous !

FLOCB




2 thoughts on “Référendum écossais/Europe Fédérale : L’Ecosse peut-elle se prendre en main? Un Royaume-Uni affaiblit : une Allemagne hégémonique?

  1. flocb Poster auteur

    Bonjour,
    il semble que la position des différents groupes indépendantistes diffère sur cette question. La majorité des organisations et des partis politiques en faveur de l’indépendance sont favorables à l’instauration d’une république. Toutefois le SNP souhaite que l’Ecosse fasse partie du Commonwealth et donc que la reine Elisabeth II soit la monarque de l’Ecosse. D’autres envisagent même de couronner le prétendant jacobite, François de Bavière. L’affaire reste donc à suivre…

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