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P comme photographie

Comme tout art, la photographie permet de partager sa perception du monde, d’autrui ou d’évènements. La perception est la faculté qui permet à la conscience d’accéder au monde extérieur à soi, ainsi elle permet à l’individu d’avoir un rapport au monde, de se renseigner sur ce monde, d’en être être rassuré ou effrayé. La perception se fait plus généralement par les sens mais la spécificité de la photographie est qu’elle est une technique autonome de reproduction du réel (de la lumière renvoyée par ce réel, plus précisément, comme l’indique l’étymologie du mot : « trace/dessin de la lumière »).  L’artiste ne fait « que » choisir son sujet et appuyer sur le bouton. La photographie ne fait « que » montrer un moment donné du réel.

Cependant, selon Diderot, il faut être attentif et en quelque sorte frappé par un objet pour réellement le voir, ainsi la plupart des choses que notre regard croise quotidiennement ne sont pas réellement vues : « on ne voit rien la première fois qu’on se sert de ses yeux ». Ainsi la photographie permettrait de voir réellement puisqu’elle nécessite une réflexion ou incite à revenir sur le passé et voir ce que l’on avait seulement regardé ou aperçu.

Pourrait-on dire alors que la photographie est un outil de contrôle sur le temps de l’Homme ? Je pense qu’en quelque sorte elle permet effectivement de vaincre le temps, de laisser une trace inchangée d’un souvenir ou d’un moment capturé et ainsi retirer son pouvoir au temps de changer les choses. Cependant à l’inverse je pense aussi que la photographie donne du pouvoir au temps en résistant comme témoin d’une époque pour les générations futures, notamment avec les photos prises lors des pires périodes de ces derniers siècles, qui illustrent à ceux qui étaient absents la vie de ce temps-là et enseignent ainsi en quoi il est nécessaire que le temps change et que la vie s’améliore.

De même qu’un témoin du temps, la photographie peut devenir un relai pour le langage – lui aussi victime du temps – comme il est souvent le cas dans l’art. En effet, nommer les choses, les objets, les événements c’est leurs donner une certaine limite quant à leurs sens et leur enlever toute sensation ou émotion éprouvée en les réduisant à un seul terme. La photographie peut alors suggérer un sens, une sensation, voire le montrer mais ne peut la définir comme telle et laisse ainsi la liberté à chacun d’éprouver ses propres émotions sur un objet, un instant suggéré, influencé seulement par le point de vue de l’artiste à cet instant-là. Elle offre une sorte de constat muet sur les choses, que nous nous devons de compléter par nos émotions et non pas seulement nos mots ; laissant à chacun sa propre liberté d’interprétation.

Sophie G., Terminale

P.S. : Je vous invite vivement à découvrir la fascinante histoire et les photographies magnifique (notamment les autoportraits) de Vivian Maier (photo ci-dessous).




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