full screen background image

Migrants : pourquoi la Hongrie a peur

Alors que la nouvelle crise humanitaire à laquelle on fait face ébranle l’Europe, la Hongrie qui a opté pour des mesures drastiques vis-à-vis du passage illégal des migrants est vivement décriée. Comment expliquer cette décision ? Pour quelles raisons ce pays de l’Est de l’Europe est pointé du doigt et que font les autres pays européens face à cette crise ?

   La Hongrie a commencé à être pointée du doigt il y a deux mois lorsque son premier ministre, Viktor Orbán, a annoncé la fermeture de ses frontières et la construction d’une barrière – ce que beaucoup de médias ont défini a tort comme un mur – le long de la frontière serbe pour stopper l’afflux de migrants. Mais la raison de cette peur des migrants en Hongrie n’est pas seulement économique et politique, elle est avant tout historique. Cette peur viscérale des migrants et tout particulièrement des musulmans remonte au XVIIIe siècle lorsque le pays fut conquis par les Turcs et que 3 millions de Hongrois furent réduits à l’esclavage après maintes humiliations, ce qui amena l’anéantissement complète de leur culture et la multiplication d’écoles coraniques dans un pays aussi catholique que l’Irlande. Ce traumatisme est si présent chez les Hongrois que lorsqu’un enfant n’est pas sage, on le menace que les turcs viendront le chercher, notre méchant loup à nous en fait. Il parait donc inconcevable pour ce pays d’accueillir plusieurs dizaines de milliers de migrants a majorité musulmans alors que la part de ceux-ci dans le pays est inférieure à 1%. 

Fin août 2015 : la barrière en barbelés est achevée. Photo: Gémes Sándor/SzomSzed  (source : Wikipédia)

Fin août 2015 : la barrière en barbelés est achevée.
Photo: Gémes Sándor/SzomSzed (source : Wikipédia)

Mais l’opinion publique n’a pas pris en compte tout cela et n’a vu que la partie immergée de l’iceberg. Elle a dénoncé cette pratique sans se poser les vraies questions, et en particulier celle des raisons de cette peur des migrants en Hongrie. Les autres états se sont empressés d’annoncer qu’ils étaient prêts à accueillir ces migrants et notamment l’Allemagne pour donner une meilleure image d’eux. Sauf qu’une semaine après avoir ouvert ses frontières celle-ci vient de rétablir des contrôles devant l’afflux trop considérable de migrants. De même, la Croatie qui fait maintenant face au même problème que la Hongrie a décidé de fermer sept des huit points de passage de sa frontière avec la Serbie et achemine à ses frais les migrants vers les frontières hongroises et slovènes afin de s’en débarrasser au plus vite. Et pourtant tous ces pays n’ont pas le même contexte historique traumatisant que la Hongrie, ce qui montre bien que même sur un plan économique, cette crise est démesurée et qu’il est impossible d’accueillir tous ces migrants du jour au lendemain. D’autant que la plupart d’entre eux ne fuient pas la guerre mais ont profité de l’exode des migrants syriens pour se mêler à eux et aller chercher une meilleure vie en Europe de l’Ouest ou en Scandinavie.

0106ffa9ee13146b7026c1eba6e5d189a62a85b8

Devant le nombre surréaliste de migrants affluant tous les jours – près de 1 million de migrants ont tenté de rejoindre l’Europe cette année- l’Europe n’a trouvé d’autre solution que d’organiser une réunion de crise et de débattre sur la mise en place de quotas de migrants. Cette crise montre bien les limites d’une Europe fragile qui, chaque fois qu’elle fait face à un problème majeur se divise et n’arrive à rien. L’idée d’une solidarité entre membres de l’Union Européenne est également mise à mal devant le comportement de certains pays tel que la Croatie ou l’Autriche qui cherchent à se débarrasser au plus vite des migrants et laissent les autres pays faire face à la situation. La question est maintenant de savoir comment la situation va évoluer et comment l’Europe va réagir. Affaire a suivre. 

Antoine Humbert




One thought on “Migrants : pourquoi la Hongrie a peur

  1. Misa Derhy

    Si j’ apprécie le styl et le soin avec lequel l’ article fut écrit, je suis profondément étonnée par son contenu.
    Nous ne pouvons pas nous servir d’ une peur « viscérale » basée sur le passé pour justifier la non-assistance a la personne en danger, pour justifier de laisser les êtres humains mourir au seuil de notre maison européenne.
    Il s’ agit ici d’un biais de confirmation.

    (Le biais de confirmation, également dénommé biais de confirmation d’hypothèse, est l’un des nombreux biais cognitifs décrits. Il désigne la tendance naturelle qu’ont les personnes à privilégier les informations qui confirment leurs idées préconçues ou leurs hypothèses (sans considération pour la véracité de ces informations) et/ou d’accorder moins de poids aux hypothèses jouant en défaveur de leurs conceptions. En conséquence, les personnes rassemblent des éléments ou se rappellent les informations mémorisées, de manière sélective, et les interprètent d’une manière biaisée. On dit aussi que les personnes « tirent la réalité » à elles.

    « Les biais de confirmation apparaissent notamment autour de questions de nature affective et concernant des croyances établies. Par exemple, pour s’informer d’un sujet controversé, les personnes victimes d’un biais de confirmation préfèrent généralement lire des sources qui confirment ou affirment leur position actuelle. Elles ont aussi tendance à interpréter des preuves équivoques pour appuyer leur position actuelle. Les biais dans la recherche, l’interprétation et le rappel de la mémoire ont été invoqués pour expliquer l’attitude de polarisation (quand un désaccord devient plus extrême, même si les différentes parties sont confrontées à la même preuve), de persévérance de conviction (quand la croyance persiste après que les preuves la soutenant sont démontrées fausses), l’effet de primauté irrationnelle (une plus forte importance pour les premières données rencontrées) et l’illusion de corrélation (par laquelle les personnes perçoivent à tort une association entre deux événements ou situations). » (source: Wikipedia)

    Je trouve le sujet intéressant pour une discussion avec nos jeunes. Quels sont leur valeurs et quel regarde portent – ils sur la situation actuelle des réfugiées?

    répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *