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Le Rap doit-il forcément porter un message ?

 

Le rap, cet art de rue souvent dénigré et rarement évalué à sa juste valeur, reste encore un sujet mal compris par la plupart, surtout par les générations un peu plus âgées qui n’ont pas grandi avec ce phénomène. Aujourd’hui il est très populaire chez les jeunes et marque toute une génération. Le rap est un art engagé et l’on a pu d’ailleurs le voir lors de sa naissance dans les banlieues américaines où jeunes pousses, à défaut de se faire entendre par les autorités en tant qu’individus, ont commencé à développer un art pour revendiquer leurs droits en montrant leur quotidien, rempli de violence et de discrimination. Ils ont donc réussi à soulever des foules et à populariser leur art, à coups de rimes et punchlines habiles dénonçant la société ou les inégalités.

Instagram @Georgioxv3

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Mais ce message que porte le rap est-il toujours d’actualité aujourd’hui ? Le rap doit-il forcément porter un message ?

Avant toute chose j’aimerais définir le terme « message », qui peut avoir de nombreuses interprétations, de la plus généraliste à la plus précise. Je déterminerai ici le message comme une déclaration engagée, une prise de position politique ou sociale d’une minorité à travers une chanson, un album ou même la vie entière d’un artiste. De plus, je pense personnellement que le rap a un message qui dépasse la plupart des artistes, qu’il revendique une certaine culture très complète et profonde au sein d’une classe populaire souvent peu reconnue et représentée culturellement, mais qu’il ne faut pour autant pas sous-estimer. Cependant, je veux me placer ici du coté des rappeurs, je m’interroge sur la capacité de l’artiste à prescrire une certaine morale ou à mettre à jour un certain phénomène.

On remarque qu’aujourd’hui, le rap le plus écouté n’est plus le rap qui dénonce, mais plutôt un rap aux sonorités qui claquent, aux punchlines ravageuses (phrase forte ou choc) et aux artistes enrôlés dans un « rap game » (compétitivité due à la volonté de performance de chacun) qui les conduit à se « clasher » pour essayer d’être les meilleurs. Si ce rap ne contient pas de message profond, il a tendance à se populariser car les rappeurs rassemblent les jeunes auditeurs. En effet, ces derniers se retrouvent dans les paroles des artistes qu’ils écoutent. Les rappeurs faisant partie de ce nouveau mouvement de rap sont de plus en plus nombreux, comme par exemple La Fouine, Niska, Kaaris ou encore Gradur, et ils explosent les chiffres de ventes de leurs albums à l’image de Jul qui, pour la première semaine de la sortie de son album My World, a vendu près de 66 000 albums (ventes physique et digital comprises). Les auditeurs aiment ce genre de musique, car il est fait pour eux, il est simple, fort et reflète parfois une vie de « bad boy » qui fait encore et toujours rêver les jeunes. J’aurais pour ma part tendance à critiquer ce genre de musique, j’ai l’impression que le rap n’est plus écouté mais consommé, comme un simple bien, ce qui le détache peu à peu de l’art qu’il incarnait originellement. Mais d’un autre coté, je comprends bien le mouvement, la culture musicale change peut-être, la demande n’est plus la même au niveau du rap, et je trouve ça assez légitime de se diriger vers les rappeurs dans lesquels on se retrouve, ou dans la musique aux belles mélodies.

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En revanche, celui qui est parfois qualifié par les puristes de « vrai rap », c’est-à-dire le rap qui dénonce, le rap rebelle, le rap engagé politiquement et socialement. Celui-ci ne disparaît pas et ne devient pas non plus minoritaire. Les artistes sont encore très présents, à l’image de Lino, ancien membre du groupe Arsenik, Kery James ou encore Akenaton, du célébrissime groupe IAM. On voit aussi des rappeurs plus jeunes avec notamment Georgio, qui a dernièrement sorti son album Bleu noir, Hugo TSR, Youssoupha et plein d’autres. Des poètes modernes en quête de vérité ? Des rappeurs cyniques cherchant à se placer en moralisateurs ? Je pense qu’en tant qu’artistes, ces rappeurs ont, comme dans tous les autres domaines artistiques, des objectifs différents, des vécus et des convictions divergents les uns des autres, et que nul ne saurait les définir, sinon peut-être eux mêmes. On peut aussi avoir un bon message sans être un bon orateur et tout le monde n’est pas prédisposé à rapper pour dénoncer. Les messages des rappeurs d’aujourd’hui sont très divers, mais on peut voir que le rap politique et social critique en partie l’oubli des populations marginalisées par les élites. Les artistes, souvent originaires de quartiers défavorisés, dénoncent la « ghettoïsation » de ces banlieues et surtout le manque d’écoute des politiques envers « la rue ». Ils sont rares d’ailleurs à pouvoir porter ce message, et sont parfois stigmatisés comme des personnes avec très peu de valeurs ou une éducation faible. J’aimerais ici dire que c’est très loin d’être le cas, et que la culture populaire que représente le rap ne se résume pas à de vulgaires insultes ou des clashs, mais représente au contraire un univers très complet et profondément intéressant pour ceux qui veulent s’y intéresser.

Twitter @Zeuh_

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J’aimerais aussi relever un élément qui me paraît assez pertinent dans ce débat : le rap US très populaire en France. La plupart des auditeurs ne comprennent pas forcément toutes les paroles, ou même ne cherchent pas à les comprendre, mais malgré cela ils aiment et continuent d’écouter ce genre de musique. Cela montre encore une fois que le rap, au même titre que toute musique, n’est pas seulement un texte, qui traduit une pensée plus ou moins construite. La musique est plus généralement une harmonie entre mélodie, sonorités, histoire, texte et bien d’autres choses que je ne pourrais expliquer. Cela étant, il va en résulter une chanson que l’on aime, et qui soulève des foules entières.

On peut donc en conclure que le rap est finalement un art très complet, composé de nombreux facteurs tous aussi importants les uns que les autres. Il n’y a selon moi pas de débat sur le « vrai » ou « faux » rap, mais simplement une diversité qui, dans une certaine mesure, enrichirait le domaine. Cela s’applique aussi dans tout style de musique comme la musique classique, ou la diversification avait également fait polémique a l’époque. Mais au fond, la diversité n’a pas aussi son charme ?J’aimerais tout de même finir sur une ligne de Kery James qui sensibilise sur cette nouvelle « voie » que prend le rap aujourd’hui : « Nombreux sont les Rappeurs, Rares sont les lyricistes…..Nombreux sont les interprètes, Rares sont les artistes…….Pourtant le Rap doit continuer à dire des choses…..A quoi sert notre musique si ce n’est à défendre des causes? ».

Paul Neltner




2 thoughts on “Le Rap doit-il forcément porter un message ?

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