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La tâche – Feuilleton

La pluie tombait depuis plusieurs heures déjà. A la fenêtre, c’était un tambourinement incessant, quelque chose comme si des milliers d’insectes s’écrasaient sur le verre, un bruit mou et dur à la fois et qui ne cessait pas. Maintenant que la nuit était tombée très noire et très lourde, l’illusion était complète, et j’imaginais que les cadavres des petits corps noirs brisés allaient couler sur le sol de ma chambre dans un flot de sang noir. Je me suis couché ce soir-là la tête agitée de ces pensées incommodes et, si je me suis endormi rapidement, ce ne fut – hélas –  que pour laisser libre cours à d’horribles cauchemars dont je n’ai rien retenu sinon le goût amer qu’ils m’ont laissé dans la bouche.

Le lendemain, pourtant, et malgré une pluie toujours serrée, je me suis mis à mes activités  avec entrain. Vers dix heures, je me suis rendu à la cuisine pour avaler une tasse de café brûlant, ainsi que j’ai l’habitude de le faire, presque machinalement, puis je suis retourné au travail. Ce n’est que vers onze heures à peu près que j’ai remarqué, dans le coin nord de mon atelier, une tâche étrange qui s’étendait depuis le plafond jusque derrière l’armoire métallique où je conserve mes travaux lorsque ils sont achevés. Absorbé par mon travail, je n’ai tout d’abord pas réagi. Peut-être crus-je alors à un simple effet d’ombre comme on observe parfois dans une pièce qui est peu éclairée mais par plusieurs sources différentes comme l’est mon atelier, celles-ci mêlant ainsi leur lumière et formant des demies-ombres complexes et surprenantes.

Vers onze heures et demie, cependant, alors que je regardais de nouveau dans cette direction, la tâche me parut plus étendue qu’antérieurement, quoique je ne pusse être positif sur ce point, ce qui, loin de me rassurer, ne m’en ébranla que davantage. Sachez en effet que mon caractère n’est pas celui d’un homme rassis et calme ; bien au contraire, je suis souvent sujet à des crises de panique, qui, sans être très fortes, ne me laissent pas moins agité et peu certain de son propre jugement. Je me suis donc approché pour comprendre de quoi il s’agissait, mais à peine eus-je effleuré la surface de la tâche que je poussais un cri et reculais vivement comme sous l’effet d’une brûlure. (A suivre…)

VD




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