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La tâche – épisode 2

C’est à ce moment précis que le timbre de ma porte résonna, trois coups très rapprochés, comme si le visiteur s’impatientait par avance de ma lenteur à lui ouvrir. Je sursautai et m’éloignai de la tâche afin de répondre à l’injonction sonore qui m’était faite. A peine eus-je entrebâillé la lourde porte de bois massif qui sépare mon vestibule du couloir sinistre de l’immeuble que l’homme s’introduisait sans ménagement dans mon appartement. Ce n’était pourtant pas un de mes amis, un ami d’ami plutôt, une vague connaissance pour dire vrai, que rien n’autorisait donc à forcer ma porte de façon aussi indélicate.

J’allais récriminer, mais, au même moment, sa physionomie que je n’avais qu’entr’aperçue lorsqu’il était passé devant moi me frappa de la plus désagréable façon. Le teint était couleur de lait caillé, la peau flasque et couverte d’une suée luisante, l’œil brillant mais de fièvre plus que d’excitation quoique tout son corps vibrât d’une sorte d’énergie malsaine. Il m’adressa un sourire, probablement pour excuser son comportement grossier, mais ce n’était qu’un affreux rictus mettant à nu une série de dents jaunes mal alignées. Je compris que cet être était terrifié et je me gardais de lui faire le moindre reproche. Bien au contraire, je tentais de me montrer calme et chaleureux, quand je n’eusse pourtant rien voulu de plus au monde que de le mettre incontinent à la porte afin de faire disparaître son horrible face de chez moi.

Il sembla de fait se calmer un peu et bredouilla quelques phrases à la fois d’excuses et d’explication. Je compris assez vite qu’il était poursuivi, sans que je fusse plus avancé sur l’identité de ses poursuivants, et qu’il souhaitait se cacher chez moi, une heure ou deux tout au plus, sans me mettre du tout dans l’embarras, prétendait-il, bien au contraire, m’enjoignant à reprendre mes activités sur le champ comme s’il n’était pas là. Je n’en fis rien bien sûr, et lui servis plutôt un peu de whisky dans un petit verre italien. Cependant, quand je me retournai pour le lui tendre, il avait quitté la pièce et j’entendis son pas faire grincer de cette manière qui m’est si familière le vieux plancher de chêne de mon atelier.

Je m’apprêtai à le rejoindre, furieux de cette nouvelle intrusion dans mon intimité, lorsque la sonnerie de l’entrée vibra de nouveau. Cette fois-ci cependant, le tintement fut suivi de plusieurs coups secs donnés sur le battant de bois, et des mots à peine étouffés sortirent de la porte : «Police ! Ouvrez immédiatement !»




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