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La tâche – épisode 4

Les deux policiers avancèrent vers moi, aussi clames qu’ils l’avaient été pendant toute cette perquisition si désagréable. Rien dans leur attitude ne trahissait une déception ou un agacement quelconque, rien qui ne montrât que leur proie leur avait bel et bien échappée, au moment même où elle se trouvait précisément piégée dans mon petit appartement. Ils me tendirent un formulaire qui, récita le plus jeune machinalement, attestait que la fouille de mon domicile avait eu lieu en ma présence et que les lieux n’avaient pas été dégradés. Je le signai fébrilement, incapable de lire les petits caractères d’imprimerie qui se mélangeaient sur la feuille bleu administratif, et lui rendit. Mon seul désir était d’aller dans mon atelier pour constater de mes propres yeux que mon visiteur avait bien disparu, et, je l’avoue, avec le secret espoir qu’il se fût caché dans un endroit dont je recherchais déjà la possibilité dans ma tête. 

Les policiers partirent enfin. Dès que le claquement de la porte eut retenti, je me ruai dans l’atelier et constatai immédiatement avec angoisse que la pièce était vraiment vide, et que toutes les cachettes que j’avais pu imaginer n’auraient pas même pu dissimuler un chat. Il fallait bien admettre que mon visiteur avait disparu !

Je restai quelques minutes debout face à mon bureau, plongé dans une perplexité paralysante. La faille dans le déroulement logique des événements me déconcertait au point que je m’en trouvais empêché de mouvement, comme si mon cerveau avait tourné à vide et demeurait pour cette raison incapable de donner des ordres à mes membres. Je finis cependant, dans un espoir ridicule de comprendre enfin, par faire le tour de la pièce pour y découvrir des indices. Rien, strictement rien n’avait pourtant bougé depuis que je l’avais quitté, moins d’une demie-heure auparavant. Sur la table, le plan que je traçais lorsque la première sonnerie avait tinté, en était exactement là où je l’avais laissé, et le porte-mine que j’utilisais alors reposait là où je l’avais mis dans ma hâte, au-dessus de la gomme afin qu’il ne roulât pas au pied de la table inclinée. Je passais ainsi en revue tous les éléments dont l’altération aurait pu me mettre sur la piste de la disparition. Cependant, lorsque je retournai à l’épaisse armoire métallique, que j’avais déjà inspectée au moins deux fois, sans le moindre succès, me revint d’un coup le souvenir de la tâche que j’avais remarquée le matin même. Je contournais l’armoire et m’avançai dans le recoin étroit où je l’avais aperçu la première fois. 

Dès que mes yeux se furent habitués à l’obscurité, elle m’apparut, plus vaste encore que l’image que conservait ma mémoire, plus obscure, plus étrange. Je m’approchai un peu, comme je l’avais fait la première fois, le bras un peu tendu, tiré par une envie irrépressible de la toucher, de la palper, de la connaître par le contact de ma chair contre sa substance… Je fis encore un petit pas pour engager plus avant mon corps dans le recoin qui la contenait. A ce moment-là, mon pied heurta un objet sur le sol que je n’avais pas aperçu en m’y engageant. Je me reculai vivement et tirai l’objet en pleine lumière : c’était la chaussure de mon visiteur ! L’évidence me submergea d’un coup : c’était bien sûr la tâche qui avait fait disparaître l’homme recherché par la police !




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