full screen background image

La fausse tolérance envers la communauté LGBTQ

« Hé, on m’a dit qu’il y aura plein de bisexuelles et de lesbiennes. 

– C’est vrai ? Dans ce cas tu ne me lâches pas de la soirée, je ne veux pas me retrouver seule là-bas ! »

Il y a quelques semaines en cours de philo. Deux filles discutent de la fête à laquelle elles sont invitées le week-end suivant.

J’en suis restée bouche bée. Je n’avais jamais été témoin d’une situation homophobe avant, pour moi c’était des vidéos sur YouTube, des témoignages sur des blogs. Je n’avais jamais assisté à ce genre de comportements « en vrai ». C’est sûrement parce que c’était la première fois que j’ai été aussi choquée et blessée.

J’ai eu envie de leur répondre, de leur dire que c’était inacceptable d’avoir de tels propos. Pendant des heures après ça, j’y ai pensé, j’ai réfléchi à ce que j’aurais dû leur dire, mais à force de trop penser il était trop tard pour dire quoique ce soit. C’est peut-être justement parce que je n’ai pas eu le courage de leur répondre que leur conversation m’est revenue en tête quotidiennement depuis.

Ce soir-là en rentrant chez moi je me suis même promis qu’à partir de là, je ne me tairais plus jamais face à une telle situation. Et même si j’ai raté l’occasion de me défendre et de défendre la communauté LGBTQ sur le moment il me semble essentiel de le faire maintenant. Et voici ce que j’aurais dit à ces deux filles – qui ne pensaient pas à mal, j’en suis certaine – si je ne m’étais pas dégonflée :

« Les lesbiennes et les bisexuelles ne sont pas des sauvages. Nous ne sommes pas des espèces de monstres en chasse, prêtes à sauter sur la première fille seule sans défense. Nous savons aussi bien nous tenir en société que vous, être attirées par d’autres filles ne nous rend pas moins humaines et civilisées. »

A force de continuellement repenser à cet incident, je me suis rendue compte que ça soulevait un réel paradoxe entre les opinions officielles de chacun, et ce qu’il en est dans les faits.

Le mariage gay a été légalisé en france en 2013. En 2014, c’est grâce à un référendum qu’il est officialisé en Irlande, avec 62,1% de oui. Finalement les Etats-Unis ont franchi le pas au mois de juin, en rendant le mariage pour tous officiel dans les cinquante Etats. La majorité des gens de ma génération se disent pour le mariage pour tous, et pas homophobes. Seulement la réalité est tout autre. Permettre à n’importe quel adulte de s’unir à la personne de son choix sans distinction de sexe est une avancée remarquable, certes, j’ai été l’une des premières à fêter la légalisaton du mariage gay aux USA. Cependant il ne faut pas considérer que si la loi change, alors la conscience collective aussi.

Partisans du "oui" lors des résultats du référendum irlandais, le 23 mai 2015. Photo : Peter Morrison/AP

Partisans du « oui » lors des résultats du référendum irlandais, le 23 mai 2015.
Photo : Peter Morrison/AP

Cette semaine j’ai demandé à quelques personnes si les gens par ici – en Irlande et dans mon lycée – étaient homophobes ou pas. A l’unisson on me répond que non, que personne n’a de soucis avec les individus LGBTQ, au contraire. Puis j’explique ce dont j’ai été témoin, et rapidement les réponses changent. « Oui, enfin c’est vrai que parfois elles sont super lourdes », « en plus là-bas tout le monde ou presque est bisexuel ou gay, c’est presque une mode, il y en a même qui disent qu’elles sont bi alors que non ». On a même essayé de justifier les paroles des deux filles qui, on me l’assure, « ne sont pas homophobes du tout, mais c’est vrai qu’elles n’ont pas vraiment tort ». Je ne dis pas qu’elles sont homophobes, je crois sincèrement qu’elles ne le sont pas, seulement ce qu’elles ont dit l’était.

La majorité des gens annoncent qu’ils ne sont pas homophobes, qu’ils soutiennent le mariage gay, qu’ils sont hyper ouverts d’esprit. Si on les écoutait on croirait vivre dans une société parfaite, sans aucune discrimination. Seulement quand on va plus loin que les convictions officielles, on se rend compte qu’il y a encore des gens qui insultent les autres de « PD », il y en a qui dévisagent un couple homosexuel qui s’embrasse quand ils en voient un, il y en a qui expriment clairement leur dégoût quand on parle de deux hommes en couple.

A mon avis, le pire dans cette situation ne sont pas les actes d’homophobie, mais le fait qu’on s’annonce tolérant quand on ne l’est pas. On veut se donner bonne conscience, avoir l’air ouvert d’esprit, on fait croire que la situation progresse de façon fantastique, que l’homophobie ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir dont on parlera dans les livres d’histoire. Se cacher derrière de fausses convictions n’aide pas, au contraire. On fait croire qu’il n’y a plus besoin de se battre ou de faire attention, alors on relâche la pression et on devient beaucoup plus laxistes. Quand il y a une situation homophobe qui survient, on se dit qu’aujourd’hui ce ne sont plus que des exceptions et que de toute façon il y aura toujours des gens qui seront comme ça, quoiqu’il arrive. On laisse le mal grandir, caché derrière une fausse tolérance, et un jour on se rend compte qu’en fait les choses n’ont pas beaucoup changé.

Parce qu’être gay n’est pas une insulte. Parce que deux hommes ensemble ce n’est pas « dégueu » quand deux filles ensemble c’est sexy. Parce que, quand on réplique face à des petites remarques comme j’en ai été témoin, on n’exagère pas, on ne fait que se défendre et refuser d’être discriminé et considéré comme des intrus, des marginaux, simplement parce qu’on a le courage d’affirmer qui on est vraiment et qui on aime vraiment. Parce que défendre la communauté LGBTQ, même quand on est hétéro, ce n’est pas être une tapette, c’est avoir le courage d’élever sa voix au service des autres, c’est avoir le sens des responsabilités.

Se révolter contre la discrimination et la stigmatisation, peu importe envers qui elles se présentent, est un devoir.

L’égalité dans la loi est une chose. La respecter et la défendre au quotidien en est une tout autre. Il est temps d’aller dans le sens de ce qu’on affirme et de montrer que nos convictions ne sont pas qu’officielles.

Source : tumblr.com

Source : tumblr.com

 

Joanna B.




One thought on “La fausse tolérance envers la communauté LGBTQ

  1. Manon

    Bien dit ! L’homophobie est un concept plus complexe qu’on ne le pense, et bien plus présent aussi. En tant qu’ancienne du LFI et bisexuelle, je suis fière de voir mon lycée s’engager pour la communauté LGBTQ. Encore bravo !

    répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *