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IN-formation: Episode 1

 

In-formation

Épisode premier: un jour pas comme les autres

Irlande, Dublin : 17 mars 2060. C’est la Saint-Patrick mais Oliver n’est pas à la fête aujourd’hui, pas de famille et encore moins d’amis avec qui s’amuser alors, il a décidé d’aller travailler, au moins, il sera occupé et puis, c’est son dernier jour. Oliver est journaliste au Freeman’s Journal le premier journal d’Irlande et le dernier journal papier du monde. En effet, depuis la Grande Numérisation de 44, tout a été numérisé: journaux, livres, tableaux… Tout ce qui fut sur papier un jour a été soigneusement scanné, enregistré et rangé pour ensuite être mis sur Internet.

Mais Le Freeman’s Journal a résisté, le plus longtemps possible aux nombreux assauts… mais il a dû finalement abdiquer . Demain, il sera numérisé. C’est d’ailleurs pour cela que tous les collègues d’Oliver ont bâclé leur dernier article avant de partir boire de tout leur soûl. Mais Oliver, lui, n’a pas fini les siens.

Dans chaque journal, il y en a un …Un qui s’occupe des chiens écrasés, des naissances du coin, des mariages, des enterrements et des petites rubriques qui font la vie d’une ville dont les « vrais » journaliste ne daignent pas s’occuper. Au Freeman, c’est Oliver qui s’en occupe. Alors qu’il finit son article sur une canne et ses douze canetons écrasés par le scooter électrique pour senior de la doyenne du coin: la pauvre dame parkinsonienne et myope comme une taupe de surcroît n’avait pas vu à temps la pauvre famille de palmipèdes et les avait tous écrasés ou presque, en voulant les esquiver. Puis en se rendant chez le vétérinaire, le Docteur Braconnier avec l’espoir de sauver ne serait-ce qu’un seul des canetons, son engin avait foncé à toutes berzingues à travers le carrefour et s’était fait percuter par un camion de chez Mr. Propre : transport de déjections animales de père en fils. Il avait fallu plus d’une heure aux pompiers pour déterrer la vielle dame et les canetons de sous une tonne de fumier frais. Peine inutile car il n’y avait eu aucun survivant, ni humain ni animal et tout le monde allait être re-enterrés les victimes avant la fin de la semaine. Nombre de lignes accordées pour cette incroyable histoire : 3, écrit en petit. Quel gâchis.

Après avoir terminé son article, Oliver et avant l’impression du dernier exemplaire du Freeman’s Journal, Oliver passe par le bureau de son boss pour prendre sa lettre de licenciement. Et voilà cette boule de graisse nerveuse qui lui sert de patron lui donne son enveloppe sans même daigner le regarder. Encore du mépris, toujours la même chose après toutes ces années ! Oliver aurait pu être habitué mais non, c’était tellement injuste de leur part à tous ! Oliver sait bien qu’il doit dire adieu au Freeman’s Journal, dans la version numérique, on n’aura plus besoin de lui avec ces nouveaux robots-écrivains!Ils sont si perfectionnés qu’il suffit d’un crétin de stagiaire pas payé cher pour rentrer le condensé d’infos et hop, la machine sort un article fade. « Pff ! Le Progrès » se dit-il.

C’est désespéré qu’Oliver décide de partir profiter d’un grand face à face profond avec plusieurs pintes de Guiness dans le pub pas loin de chez lui.

Il rentre tard dans son appartement-capsule. 8-bit, son chat, lui adresse un miaulement de salut avant de s’enfuir au travers de la porte restée entrouverte.

Oliver, seul, effondré et désespéré s’écroule en pleurs dans son lit.

Le lendemain, il se rend au pot de fermeture du journal sans tristesse ni joie. Il n’a juste pas l’envie d’être là au milieu des gens qui ne lui ont jamais adressé la parole même au bout de 5 ans de travail ensemble. Il les hait. Sous prétexte qu’il ne s’occupait que des petits articles à deux balles, il ne méritait pas le respect ?! Un jour, ils verraient tous qui est le meilleur journaliste. Un jour, ils paieront leur mépris et leurs petites remarques désobligeantes au quotidien.

Il s’en va dès que la politesse ne l’oblige plus à rester.

Sur le chemin du retours, il s’arrête devant un panneau holographique de petites annonces. Il regarde avec un maigre espoir les offres d’emploi. Rien. Pas même un minimum intéressant. Il shoote furieusement dans un carton en alu, il suit le vol du déchet et il voit au sommet de sa courbe une feuille en vrai papier qui s’en échappe et retombe tranquillement comme les belles et majestueuses feuille d’automne. Oliver court pour aller la chercher, elle se pose délicatement sur sa main. Ce n’est pas croyable! C’est une proposition d’embauche pour un poste de journaliste !

Emploi à pourvoir

Nous recherchons journaliste qualifié. Pour une première mondiale !

Une lettre de motivation et un CV, sont exigés.

Aucune caractéristique physique n’est demandée.

Rémunération importante!

Rendez-vous au Bureau du Ministère des médias et de l’information.

Entretient le 21/03/2060.

Veuillez brûler cette annonce après lecture.

Incroyable ! Oliver n’en reviens pas : ça y est ! Le vent a tourné, il va enfin pouvoir prendre un nouveau départ et prouver sa vraie valeur à ce monde qui l’a sous-estimé !

Pendant ce temps, il ne vit pas la petite caméra du panneaux d’affichage qui ne l’a pas quitté de son œil électronique…




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