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Image : ouverture d’esprit

Andrew Wyeth,1948,Peinture à tempera,82x121 cm,MoMa(NY)

Tu n’y crois pas vraiment, mais deux mois se sont écoulés depuis le début de cette année scolaire. Tu vois déjà le terminus du premier trimestre, comme si les grains du temps avaient été drastiquement renversés du sablier…

Pourtant, le temps te semble aussi infini, les minutes comptant chacune pour une heure. Vas-tu survivre à l’agonie de l’attente, là où la vie peut davantage être appelée survie au mode ralenti ?

Les premiers jours de ton séjour dans la famille d’accueil, tu ne t’étais pas encore rendu compte de l’épreuve que tu aurais à affronter : il y avait encore des provisions de nourriture et ta famille t’appelait régulièrement… Mais dès la deuxième semaine : « you have definitively left the nest ». Soudain, tu n étais plus le centre gravitationnel de maman et papa. « Il est assez mature, et puis, de toute façon, il se sera fait des nouveaux amis. »

Tu as fini par accepter la situation, tes yeux se sont ouverts pour affronter peu à peu la vie de tous les jours : seul, perdu dans un monde inexploré,comme le Petit Prince loin de sa planète.

Sais-tu que chacun d’entre nous a une propre manière pour incorporer un moment abstrait dans sa propre mémoire ? Dans mon cas, il s agit des images. Plus précisement, d’œuvres d arts : de peintures.

Lorsque j ai ressenti ce sentiment d’abandon (volontaire : c’est moi qui avais pris la décision de partir à l’étranger), j’ai songé au tableau Christina’s World (1948) de Andrew Wyeth (conservé au MOMA de New-York).

Christina, vue de dos, est étendue dans une immense prairie : la sensation de mélancolie et de solitude est mise en évidence par l’énorme distance séparant la jeune fille de la ferme. Wyeth a bien réussi à faire ressentir cette scène du point de vue de Christina en la plaçant sur coté : notre attention est précisément attirée vers la ferme (au bout de la perspective optique), comme si cela symbolisait ta maison lointaine, ton pays natal.

Place-toi donc près de Christina : bien évidemment tu ne vas pas sombrer dans un vide de solitude durant cette année à l’étranger, à pleurer ta terre-mère inaccessible. Au contraire : ce que nous montre la position de la jeune fille, ignorant le spectateur, tout entière tendue vers l’avant, buste droit et mains en action, c’est que Christina est en train de faire un effort considérable pour un jour rejoindre le sommet de la prairie : elle est concentrée pour atteindre son but. A partir de cette œuvre, on peut déduire que fatigue et désir sont indissolubles l’un de l’autre.

C’est en effet ce que tu vas devoir faire : étudier (qui requiert de la concentration et de la sueur parfois) et t’amuser pour ne pas te sentir seul. Malheureusement tu ne pourras pas faire l’un sans l’autre pour que la balance continue à se maintenir en équilibre.

Voilà donc ta mission: Irlande 2015/2016. Bonne chance !

Luna S. (2nde)

 




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