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Didier Daeninckx au LFI

IMG_3482Vendredi 24 avril, Didier Daeninckx, un écrivain de romans noirs, gagnant du prix Goncourt de la nouvelle 2012, s’est rendu au Lycée Français d’Irlande pour répondre aux questions préparées par les Troisièmes et leur professeur de Français.

Q: Comment a-t-il fait pour décrire si bien les éléments de vos polars historiques ?

DAENINCKX003R: Pour certains romans, comme par exemple Cannibale ou Le Retour d’Ataï, Didier Daeninckx a fait un voyage en Nouvelle Calédonie, pour aller à la rencontre des gens afin de comprendre les histoires coloniales. Il a aussi fréquenté les bibliothèques (celle de Nouméa pour ces fictions) afin de se documenter au mieux.

Il nous a ensuite expliqué que les Kanaks ont été obligés de jouer un scénario de sauvages-cannibales lors de l’exposition coloniale, symbole des « richesses de la France », alors que ce mode de vie leur était complètement étranger.

Pour son livre sur l’Algérie Meurtre pour mémoire, Didier Daeninckx a traversé ces événements. Il a en effet vécu en Seine Saint Denis (93) lors de la Guerre d’Algérie (1954-1962) et avait des amis algériens installés en France. Il avait alors 13ans lors de la guerre d’Indépendance, et a un souvenir très fort de cette ambiance de rebellions durant son enfance. Il nous a conté un événement tragique lors d’une manifestation de militants algériens: la mère d’un de ses amis y avait été tuée.

 

Q: Combien de temps prend-il pour écrire un livre?

R: Pour Cannibale, Didier Daeninckx a pris environ quinze jours pour le rédiger. Mais l’écriture est cependant faite de beaucoup de choses. L’idée de cette fiction vient de son voyage en Nouvelle Calédonie. Le temps d’écrire ne se rationalise donc pas.

Q: Ecrire est-il son seule métier ?

R: Ecrivain est son unique profession depuis 1983. Enfant, il n’avait aucune idée qu’il allait être écrivain ou avoir l’envie de le devenir. Il n’a pas fait d’études et a commencé à travailler à l’usine vers 16 ans et demi. Il s’est pourtant toujours intéressé à l’Histoire et à la Littérature. Il a fait beaucoup de petits boulots avant de publier son premier roman en 1977. Vers 1970 une révolution des polars s’est produite et le genre a été renouvelé. Il a donc eu l’idée d’en écrire un lui même: Mort au premier tour.

Q: A-t-il peur de la censure?

R: Pour lui, ce serait la pire chose, le roman étant la représentation de la liberté totale. La forte censure existe dans le monde. Les auteurs sont alors obligés d’écrire sur du papier à cigarettes par exemple.

Q: A-t-il déjà été censuré?

CVT_La-Fete-des-meres_4797R: La fête des Mères, un roman pour enfant, a reçu d’une demande d’interdiction due à une lecture contraire à son propos. Finalement, cette interdiction n’a pas eu lieu. Mais quelques-uns de ses romans se sont vus retirés de certaines bibliothèques municipales d’extrême droite.

Néanmoins, la liberté est réduite à cause de la pression financière: « il faut que ça vende ». Pour sa part, Didier Daeninckx  n’a pas d’éditeur propre ; il propose à l’éditeur de son choix son dernier ouvrage. De cette façon, ne pas avoir de financement de la part de l’éditeur lui alloue plus de liberté.

Q: A-t-il un livre favori dans votre œuvre?

R: Didier Daeninckx n’a pas de livre préféré dans son oeuvre. Chaque ouvrage vient d’une nécessité à écrire. Il n’y a donc pas de choix à faire, ils ont tous une importance particulière.

Q: Est ce difficile d’écrire?

R: Pour certains livres, il rencontre un problème de légitimité face à ce qu’il veut raconter. Par exemple, pour les deux fictions sur la Nouvelle Calédonie, la tradition Kanak est la transmission orale. Il a alors à faire des choix pour écrire ses livres. Pour perpétuer cette tradition, le personnage dans Cannibale ne fait donc que parler.

Q: Pourquoi utiliser l’enquête pour raconter l’histoire ?

R: Dans l’histoire de l’écriture, les écrivains étaient ceux qui avaient accès au savoir. Seuls les plus aisés écrivaient et ne racontaient les histoires que de leur points de vue, avec comme décors leurs milieux sociaux. Il fallut attendre l’école obligatoire pour que tous les français aient accès à l’écriture et à la lecture. Des écrivains avaient auparavant commencé à parler d’un autre monde social comme Victor Hugo dans les Misérables.

Les figurants sont essentiels: l’histoire est racontée par le regard de gens qui n’avaient pas eu accès à la parole. Cela est un point important dans ses romans.

Q: Comment vient l’inspiration?

Couv.D.Daenincks_72dpi1R: Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’inspiration ne vient pas forcément grâce à l’expérience. Les poèmes de Paul Eluard l’ont fortement inspiré. Le poème « Liberté » de Paul Eluard a été lâché par les anglais en même temps que les armes pour les résistants. La poésie était alors aussi importante que les armes. Paul Eluard, alors recherché par la Gestapo, s’était caché dans un hôpital psychiatrique avec sa femme. De nombreux intellectuels ont fait de même. À un moment dans l’Histoire de France, la poésie ne pouvait être que préservée par les fous. Cela l’a inspiré pour son dernier livre Caché dans la maison des fous.

Q: A-t-il des livres non publiés?

R: Non, pas de livre non terminé, ni non publié.

Q: Quels sont ses auteurs préférés qui l’inspirent?

R: Modiano, Desnos, Ponge, Jack London, Dumas, Doyle.

Q: Ses livres terminent mal. Pourquoi?

R: La mort n’oublie personne est basée sur des histoires réelles, celle de Roger Pannequin. Didier Daeninckx vise à expliquer comment des grandes fractures historiques se traduisent au niveau de l’individu et de la famille. Par conséquent, comme c’est encore ancré dans la société et les familles actuelles, il est difficile de créer des fins heureuse.

Q: Ses livres sont-ils traduits?

meurtres-pour-memoires-rgR: Meurtres pour Mémoire est le roman le plus traduits, en une trentaine de langages. La plupart de ses romans sont traduits en cinq/six voire dix langues.

Q: Ses livres sont-ils adaptés à la télévision? Au cinéma?

R: Une douzaine de ses livres sont adaptés à la télévision. Au cinéma, deux de ses livres sont présents: Lumière Noire et Playback. Mais ce dernier a été tellement dénaturé qu’il a demandé à retirer son nom sur le générique.

Q: A-t-il une visée particulière en temps qu’écrivain?

R: Pour Didier Daeninckx, l’important dans l’écriture, c’est l’émotion qu’elle suscite. Il est en quelques sorte un écrivain engagé, mais le terme ‘engagé’ ne lui plaît guère: il est trop ambigu, il suggère que la personne ne se remet jamais en question et rappelle trop les militaires.

Q: Dans Meurtre pour Mémoire, pourquoi l’histoire commence sur le thème de l’Indépendance de l’Algérie et finit sur le génocide des Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale?

R: Dans l’Histoire, les évènements tragiques amènent à une « concurrence des mémoires » actuelle. Il ne voulait pas rentrer dans ça. L’Histoire est une continuité. La guerre d’Algérie et le génocide des Juifs suivent la même politique d’exclusion.

Q: Y’a-t-il un livre qui l’a déçu après sa publication?

R: Son premier livre qu’il a écrit Mort au premier tour, l’a beaucoup déçu après sa publication. Le niveau langue ne lui convenait pas. Il n’avait pas encore tous les codes des écrivains. Par exemple, comment introduire et retranscrire un dialogue, où placer les chapitres, comment faire rentrer un personnage dans une pièce ; tout cela sont des questions que les écrivains se posent, et qui ne se résolvent soit par l’expérience, soit par l’aide d’un collègue.

Q: Quelqu’un l’aide-t-il à corriger ses texte?

R: Les livres peuvent être modifiés, mais le moins possible. Sa femme est la première lectrice et donc sa première correctrice, qui n’a finalement pas forcement tort selon Didier Daeninckx. Parfois, il a été difficile d’accepter la critique et les corrections des éditeurs.

Merci à Didier Daeninckx pour cette interview.

Clementine

 




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