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Comment comprendre le conflit en Syrie?

Voici plus de 4 ans maintenant que ce conflit armé ébranle non seulement la Syrie et le Proche-Orient mais aussi la communauté internationale dans son ensemble. En effet, profitant de l’état de chaos régnant sur la Syrie lors des deux premières années du conflit, une organisation terroriste redoutable, l’Etat Islamiste, a profité de la situation pour asseoir sa domination sur de grands pans de territoires et faire régner la terreur. Cette organisation, également connue sous le nom de Daech est parvenu à détrôner en moins de deux ans Al-Qaida du leadership du terrorisme internationale et à faire basculer ceux-ci au second plan de la scène internationale. Devant la crainte suscitée par cette nouvelle organisation puissante et très bien organisée, de nombreux pays se sont joints à la lutte armée sans toujours indiquer clairement leurs intentions, rendant encore plus complexe la situation sur place. Revue des effectifs présents en Syrie et de leurs objectifs respectifs.

Focalisons-nous tout d’abords sur les acteurs « syriens », à savoir tout ceux qui était dors-et-déjà présents avant le début des affrontements. Ils sont au nombre de trois, l’armée loyaliste, les forces rebelles et les forces kurdes. L’armée loyaliste, ce sont les troupes du dictateur en place, Bachar Al-Assad, les pro-régimes. Lorsque le printemps arabe a éclaté, en 2011, une forte opposition s’est soulevée afin de renverser Bachar comme en Egypte avec Mubarak ou en Tunisie contre Ben Ali. Sauf que la résistance du pouvoir en place y a été plus forte que dans les autres pays et le conflit c’est vite transforme en conflit armé, opposant les forces gouvernementales et les forces rebelles.  A ces deux acteurs, on peut ajouter un acteur plus entre plus récemment dans le conflit, les forces kurdes, qui se sont engagées suite aux attaques perpétrées par Daech  sur leur territoire et notamment le siège symbolique de la résistance kurde, la défense de la ville de Kobane. Enfin, le dernier acteur « local » de ce conflit est ce fameux et dangereux Etat Islamique. Né de la fusion de plusieurs petits groupes à tendance islamiste, il a utilisé le conflit syrien pour se faire armer par les occidentaux et pour asseoir sa domination sur la région.  En en restant à ce niveau d’analyse, on pourrait se dire que ce conflit n’est autre qu’un conflit local et ne concerne qu’indirectement la communauté internationale malgré la menace terroriste. Pourtant ce conflit a pris une dimension tout autre. Pourquoi ? C’est ce que je vais essayer de vous expliquer à présent.

Les différents acteurs du conflit syrien. Source: Le Monde

Les différents acteurs du conflit syrien. Source: Le Monde

Si la crise syrienne a pris une toute autre dimension, c’est à cause du jeu des alliances internationales. Alors qu’ils paraissaient évident pour la plupart des occidentaux qu’il fallait que Bachar Al-Assad, le dictateur syrien, soit renversé, celui-ci  a la chance de compter parmi ses alliés, deux nations majeures : la Chine et la Russie. En partant de ce fait, il paraissait clair dès le début que résoudre ce conflit n’allait pas s’avérer simple. La montée en puissance de L’Etat Islamique n’a pas arrangé les choses, tout au contraire. Ce jeu des alliances a complexifié la situation sur le terrain. D’un côté, il y a une coalition menée par les Etats-Unis ayant pour mission de bombarder en priorité les positions terroristes mais également les positions gouvernementales. Cette coalition soutient les rebelles syriens qui luttent pour l’instauration de la démocratie dans leur pays. Au sein de cette coalition on trouve de nombreux pays (USA, Royaume-Uni, France depuis peu…), en particulier des pays du Golfe (Qatar, Arabie Saoudite…) qui financent les groupe rebelles en espérant voir le régime d’Assad remplacé par un gouvernement qui leur serait favorable (appartenant à l’islam sunnite notamment). De l’autre côté, il y a les soutiens d’Assad, dont la Russie et l’Iran qui aident aussi bien militairement que financièrement son régime. L’Iran, depuis le début du conflit, a fournit un soutien important, que ce soit en envoyant ses propres soldats sur le terrain ou en appelant le Hezbollah, organisation armée libanaise, à intervenir au nom des chiites (autre branche de l’islam).

En plus de ces trois camps distincts, trois si l’on compte Daech, s’affrontant indirectement dans ce conflit, la Syrie semble être le terrain de tous les règlements de comptes du Moyen Orient. Les Turcs par exemple, qui font partie de la coalition internationale, profitent du conflit pour affaiblir leurs ennemis que sont les Kurdes, pourtant également membre de la coalition. Ce double jeu est également joué par les Russes qui sous prétexte de bombarder les positions de Daech bombarde en fait celles des rebelles pour les affaiblir. Tous ces débordements créent des tensions politiques et remettent en question le fonctionnement de l’ONU qui en raison du droit de veto de plusieurs pays ne parvient pas à prendre des décisions communes. Nous sommes en quelque sorte revenus 40 ans en arrière, à l’époque des deux blocs de la Guerre froide, lorsque l’ONU était inutile et où les décisions se prenaient à l’échelle des alliances uniquement. Mais ce qui se profile devant nous sera bien plus complexe puisque le monde anciennement bilatéral est de plus en plus multilatéral et prendre des décisions communes, même à l’intérieur de blocs, semble de plus en plus compliqué.

Antoine Humbert

 




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