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Béjart, vers un nouveau public

Les grands chorégraphes

J’aimerais vous faire découvrir le monde de la danse à travers une série de portraits de grands chorégraphes.

 

Le premier chorégraphe que je vous présente est Maurice Béjart (1927-2007). Vous avez sûrement déjà entendu parlé de lui; il est connu du grand public puisqu’il a gagné le pari de rendre la danse accessible. Il s’appelle en vérité Michel-Jean Berger. Son nom d’artiste vient en effet de la femme de Molière, Armande Béjart, en hommage.

Maurice Béjart en 1984 Crédit : Huster sur WikimediaCommons

Maurice Béjart en 1984
Crédit : Huster sur WikimediaCommons

 

Maurice Béjart a suivi une formation de danse classique, d’après les conseils des médecins qui le trouvaient trop chétif. La danse classique est la forme de danse européenne la plus ancienne, où l’alignement du corps, la grâce et l’absence d’effort apparent sont quelques unes des règles primordiales.

Maurice Bejart est un chorégraphe de danse néoclassique (où l’on joue avec les lignes brisées du corps tout en gardant une base classique) et moderne (danse qui s’affranchit de la rigidité des règles de la danse classique, en dansant pieds nus par exemple). Il a scandalisé le public avec sa première pièce Symphonie pour un homme seul (1955) très théâtralisé et qui parle de la solitude, thème cher à Béjart.

 

Le génie de Béjart est d’avoir démocratisé la danse. En effet, ses œuvres ne sont pas réservées à une élite mais plutôt à la majorité. Ses pièces ne sont plus cantonnées à une scène de théâtre, mais ont été créées pour être vues de partout, incluant de haut, par tous les côtés: il ouvre l’espace scénique et produit même des spectacles dans des lieux improbables, comme sur des plateaux scéniques posés sur l’eau, le Grand Palais, l’arène du Palais des Sports. Il réunit 10.000 spectateurs dans la salle omnisports de Bercy avec comme seul but de montrer de la danse !

Il utilise, en  autre, des grandes musiques classiques connues de tous, ce qui permet de populariser ses œuvres. Le public va être plus facilement conquis s’il connait déjà l’air. Cela facilite l’assimilation de l’œuvre. Ces chorégraphies les plus connues utilisent des grands airs classiques que tout le monde a en tête : Le Sacre du Printemps (1959) de Stravinsky ou la Neuvième Symphonie (1964) de Beethoven par exemple.

Justement, voici la pièce chorégraphique complète du Boléro de Ravel de Béjart, dansée par  Jorge Donn, la muse au masculin de Maurice Béjart.

 

Le Boléro, une de ses œuvres les plus connues, est un spectacle impressionnant! Durant une quinzaine de minutes, on suit un corps, féminin ou masculin, qui évolue sur le très célèbre crescendo musical. La danse est envoutante, les spasmes des corps mêlés à la mélodie sont hypnotisants. Les enchaînements sont répétitifs, pareils à la musique.

D’abord une main, puis un torse qui danse seul calmement (1:42) mais déjà de façon rythmée, entouré d’autres personnes assises, spectatrices. Puis un corps qui se réveille (3:30),  et les ‘spectateurs’ se lèvent(7:06).  Et le rythme est saccadé, mécanique, telle la musique. L’intensité monte encore, le soliste prend de plus en plus de place, les autres danseurs sont plus nombreux (6:25). Et enfin la musique se déchaîne,  l’homme se met à bondir. Tous se joignent au mouvement, triomphants (13:30).

Pour le soliste, c’est un véritable challenge physique que de danser en continu et en crescendo durant si longtemps alors qu’ il doit montrer un semblant d’aisance. Justement, cette musique si claire nécessite pour les danseurs, le soliste mais plus particulièrement pour le groupe, une parfaite synchronisation : une précision du mouvement sur la musique est essentielle afin de rendre l’œuvre puissante.

Ce ballet permet au soliste une interprétation personnelle de l’œuvre; un triomphe tragique comme celle de Jorge Donn, ou encore un bonheur enivrant, machiavélique, par la danseuse Maya Plisetskaya, sourire au lèvres.

La table rouge, socle sur lequel le soliste danse, résume la gestion de l’espace selon Béjart. Parce qu’il danse sur une table, il peut être vu de chaque côté; de haut, il peut se tourner vers un autre public et ce n’est pas un problème pour les spectateurs de voir son corps de dos.

Affiche de sa dernière création: "Le Tour du Monde en 80 minutes" Crédits: DR

Affiche de sa dernière création: « Le Tour du Monde en 80 minutes »
Crédits: DR

 

 

 

 

 

 

Après guerre, Maurice Béjart, ce chorégraphe néoclassique et moderne, a su introduire une nouvelle approche de la danse, utilisant les grands thèmes musicaux classiques, certains éléments du théâtre, et la scène sous tous ses angles, ceci afin de populariser la danse.

 

 

Clémentine Bienenfeld




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