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Ailey, revendiquer par la danse

Les grands chorégraphes

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Alvin Ailey par Eric N. Hong

Il ne comprenait pas pourquoi seuls les Blancs avaient une place dans la danse. Pourquoi la culture africaine était toujours dénigrée pour laisser place à la tradition européenne ? Si vous observez bien les différentes grandes compagnies de danse, vous remarquerez que très peu produisent de danseurs Noirs dans leur corps de ballet.

Alvin Ailey (1931-1989) a bousculé le monde et pas seulement celui de la danse, en montant et dirigeant l’une des plus grandes compagnies de danse américaine ; l’Alvin Ailey American Dance Theater (AAADT), une troupe qui réaffirme les racines afro-américaines de son créateur. Une compagnie composée des danseurs des plus talentueux, une compagnie qui est majoritairement, mais pas exclusivement, composée de danseurs Noirs de toutes tailles.

En effet, dans les compagnies de danse plus traditionnelles, les danseurs sont stéréotypés, Blancs, de la même taille, afin de privilégier une esthétique d’ensemble et ainsi d’éviter toute distraction de l’œil. Un racisme sciemment justifié en sorte.

Photo credit : Andrew Eccles for Alvin Ailey American Dance Theater

Un danseur de l’AAADT  Crédits : Andrew Eccles pour l’AAADT

Alvin Ailey le danseur commence sa carrière à la Lester Horton Dance Company, une des toutes premières compagnies multi-raciales. Il en devient le directeur et commence à y créer ses chorégraphies.

Il monte sa propre compagnie multi-raciale en 1958, l’Alvin Ailey American Dance Theater (AAATD), composée majoritairement de danseurs afro-américains, qui se produit à travers le monde.

Ailey cherche un style proche de ses origines afro-américaines : sur des musiques de jazz (Pas de Duke sur la musique jazz de Duke Ellington), de gospel, de blues ; de la danse jazz et moderne, mêlée à de la danse africaine. Les danseurs sont souvent pieds nus. De l’esclavage à la ségrégation en passant par l’importance de la religion ou bien même des chants de son enfance, Ailey parle de son héritage culturel et de la place des Noirs dans la société américaine. Ses chorégraphies mettent particulièrement en valeur les corps athlétiques.

 

Alvin Ailey veut offrir un espace scénique aux danseurs Noirs, qui sont trop souvent discriminés par ailleurs. Il souhaite aussi populariser la danse. La compagnie Ailey II en est un exemple puisqu’elle parcourt l’Amérique et le monde en diffusant le répertoire d’Ailey par des jeunes danseurs sur des scènes moins prestigieuses. De plus, il a créé l’Ailey School, une école de danse de très haut niveau qui fait rêver les jeunes du monde entier.  Il a créé ainsi une formidable porte d’entrée pour les jeunes danseurs.

 

Voici Relevations, la chorégraphie la plus connue d’Alvin Ailey, et l’une des chorégraphies de danse moderne la plus célèbre. Cette vidéo est la présentation de ce véritable chef d’oeuvre par le site officiel www.alvinailey.org .

Cette chorégraphie est divisée en trois grandes sections. Cette pièce reprend les thèmes chers à Ailey : à la fois la vie durant l’esclavage (« Pilgrim of Sorrow »), l’importance de la religion avec la scène en blanc et bleu représentant un baptême (« Take Me to the Water »), et la joie d’être enfin libres (« Move, Members, Move »). L’espoir et la foi sont les maîtres mots de ce chef-d’oeuvre. Cette extrait illustre toute la formidable énergie qu’ont les danseurs de l’AAADT, qui est impressionnante.

Judith Jamison, la danseuse muse d’Ailey, qui lui a succédé au poste de directeur artistique de l’AAADT et qui a dansé Revelations, résume cette oeuvre par « Nous avons dansé cette pièce partout, et tout le monde a compris : ça parle d’humanité, de triomphe, et de ce que c’est qu’être humain« .

J’ai eu la chance de voir l’Ailey II dans la salle de spectacle de ma ville. La dernière oeuvre qu’ils ont présentée était Revelations. J’ai été éblouie par leur énergie qui ne s’éteint jamais tout au long de leur performance. Leurs sauts sont extraordinaires; tout en facilité (probablement qu’en apparence), très hauts et élastiques. La musique est très entraînante. On a envie de rejoindre les danseurs dans leur joie.

 

J’aime beaucoup ce chorégraphe, premièrement pour la lutte qu’il symbolise. Deuxièmement, pour son envie de partager la culture même aux moins favorisés. Enfin, pour son style de danse débordant d’énergie.
Pour finir, laissons Alvin Ailey rappeler son combat qui, à l’époque, en était à l’état d’ébauche :

« Je veux montrer au monde que nous sommes tous des êtres humains et que la couleur de peau n’est pas importante. Ce qui est important, c’est la qualité du travail« .

 

Clémentine Bienenfeld




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